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Littérature par thème - QUOTA 79
N° 102 - Franck LANOT Mercredi 14h à 16 h Caen VISSOL Salle 090
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7 Octobre- 4 Novembre – 2 Décembre -6 Janvier - 10 Fevrier-10 Mars -7 Avril -5 Mai
Chacun des thèmes qui sont déclinés ci-dessous correspond à une séance de 2h
Comment la Littérature met en scène les grandes questions de l’aventure humaine
La thématique choisie est celle d’une réflexion sur la manière dont la Littérature offre la représentation d’un certain nombre de sujets. Miroir du réel qu’elle reflète, la Littérature n’en construit pas moins, de manière active et décisive, des significations qu’elle propose aux lecteurs.
Penser les mécanismes de la tyrannie et s’interroger sur le temps, mettre en scène le fonctionnement de la justice, se demander ce qu’est le mal, voilà qui est le propre de l’humanité, et que les écrivains n’ont eu de cesse d’interroger, dans leurs romans, leurs poèmes et leurs pièces de théâtre.
Il sera fait la plus grande place aux personnages, aux lieux, aux scènes et aux situations qui font encore et toujours partie de notre mémoire culturelle collective, au point d’être devenus, pour certains, des emblèmes irremplaçables.
1) La représentation littéraire de la Maison
On y entre, on en sort ; on y loge, on y vit : les maisons sont là, minérales et figées, elles demeurent, comme leur nom l’indique. Mais ces éléments du décor, bien souvent, sous-Laplume des écrivains, et dans leur imaginaire, occupent une place et jouent un rôle clef, bien au-delà du simple figurant. Il n’est pas indifférent de s’arrêter à ce que Bachelard nommait des « corps de songes » : les maisons, de la cabane au palais, de la masure à l’hôtel particulier, disent de nous et de notre humanité beaucoup plus qu’il n’y paraît. Il n’est pas trop tard pour leur rendre visite, au fil des textes.
2) La représentation littéraire de la Tyrannie
Tyrans, dictateurs, despotes, potentats, maîtres absolus : leur nom, à ces autocrates qui règnent sans partage, est légion. Ils sont des personnages privilégiés dans notre littérature parce que leur démesure, leur égoïsme, leur toute-puissance fascinent et révulsent. De Néron à Picrochole, de Richard III à Ubu ou à Caligula, ils laissent libre cours à leurs passions, à la fois bourreaux des autres et victimes d’eux-mêmes. Leur exemple est toujours à méditer : l’éloge de la démocratie s’écrit bien souvent en creux, et c’est contre l’image destructrice du tyran sans limites que le plaidoyer pour un monde équilibré et apaisé se fait jour.
3) La représentation littéraire du Temps
« Tempus fugit », les Anciens n’ont cessé de le répéter : le temps s’enfuit, et de manière constamment paradoxale il est à la fois ce qui nous construit et nous détruit. Comment caractériser le temps ? De saint Augustin à Bergson, les philosophes ont tenté d’en donner des définitions. Les écrivains l’ont mis en mots et en images, de Ronsard à Lamartine, de Rousseau à Annie Ernaux. Baudelaire en a chanté la puissance envoûtante et inquiétante. Et Proust, de la manière la plus éclatante, a fait le temps la clef de voûte de la cathédrale
romanesque qu’est A la recherche du temps perdu.
4) La représentation littéraire de l’Héroïsme
On a pu dire de la Littérature, du moins en occident, qu’elle est née du désir de chanter les héros, leurs exploits et leur grandeur. Demi-dieux, surhommes, êtres d’exception méritent de rester dans les mémoires et c’est aux artistes d’en célébrer l’importance. Leur nom est souvent devenu symbole et condense de manière signifiante l’identité d’un peuple, d’une nation ou la valeur d’un comportement. Suivre, des récits homériques aux romans contemporains, la trace des héros permet de mesurer comment, et combien, ne cesse de se transformer la figure de l’héroïsme : contre-héros, anti-héros et hérosparodiques permettent de penser le mythe – et la démythification – des héros.
5) La représentation littéraire de la Justice
Nul ne l’a oublié : la fable célébrissime Le loup et l’agneau s’ouvre sur le mot « raison »et se clôt sur le mot « procès ». Raconter dans un roman ou mettre sur les planches d’un théâtre une affaire judiciaire est pain bénit pour l’écrivain : ne parle-t-on pas couramment de « scène judiciaire », tant le procès se présente comme une pièce à la dramaturgie codifiée, avec ses rôles et ses répliques, son décorum et son scénario. Eschyle, le premier, offre dans son Orestie le spectacle d’un procès et il sera suivi par tous les auteurs qui ont choisi de mettre en scène le grand dialogue, toujours recommencé, du Crime et du Châtiment. Avec, dans les rôles essentiels, la Loi, la Vérité, la Faute. Et la Parole, évidemment.
6) La représentation littéraire du Double
La surface du lac où se réfléchit notre image invente, Narcisse aidant, la figure aussi simple que mystérieuse, du double : le je regarde le moi, qui le regarde en miroir. Du reflet à la réflexion, il n’y a qu’un pas. « Je est un autre », le mot de Rimbaud fait mémoire. La figure du double appelle en écho l’image du couple : l’amour et l’amitié invitent à penser le personnage de l’alter ego, ce toi avec qui le moi compose un nous intense et singulier. La rivalité et le conflit créent des affrontements mémorables. Couple complémentaire, antithétique, fusionnel, passionné, impossible, mortifère : on n’en finit pas recenser toutes les formes de la dualité, à la fois duo, duel, paire, binôme, tandem, rival, ennemi, frères… Achille et Patrocle, Rodrigue et Chimène, Don Juan et Sganarelle, Merteuil et Valmont, Sherlock Holmes et Watson, Juve et Fantômas : au fond, au fait, que signifie ce ET qui relie chacun de ces personnages ?
7) La représentation littéraire du Mal
Parmi les nombreux binômes antithétiques que nous convoquons pour penser la complexité du réel, le couple de mots Bien et Mal est assurément le plus conséquent. Notre double héritage gréco-latin et judéo-chrétien fait une place majeure à la tension existe entre ces deux termes. Et la Littérature s’en fait le reflet. Mais observons que c’est le spectacle du mal qu’elle élit, comme si du bien, finalement, il n’y avait que peu à dire. L’Enfer de Dante fascine, son Paradis ennuie. Est mal ce qui rompt l’unité, l’harmonie, le cosmos ; est mal ce qui
fait événement destructeur, ce qui brise les liens et instaure le chaos. Souvenons-nous que le mot « diable » vient du grec diabolos, qui renvoie ce qui sépare, divise, désunit. L’œuvre du mal requiert les écrivains, et la montrer dans toute son horreur permet la catharsis, cette purgation des passions, nécessaire et libératrice.
8) La représentation littéraire de l’Art
Demander à un artiste ce qu’est l’art, c’est lui donner l’occasion de répondre à cette question non pas par une explication abstraite mais par une création vivante : Balzac ne théorise pas, Velasquez ne conceptualise pas, Baudelaire ne philosophe pas, mais chacun d’eux offrira une mise en scène de l’artiste au travail, concrète, sensible. Balzac donne à penser les affres de la création avec Le chef-d’œuvre inconnu, Velasquez se peint peignant dans ses Menines et Baudelaire assimile les grands artistes à des « phares ». Ce procédé de la « mise en abyme » - l’œuvre d’art traite de l’œuvre d’art – permet une réflexion aiguë sur le métier d’artiste, sur les mystères de la création, sur les ambitions profondes de celui qui crée. N’est-ce pas aussi un portrait de l’auteur, oblique et secret, que donnent à lire ces livres qui font de l’art leur thème central ?
Littérature comparée 1 semaine/2 Quota 49
N° 103 -- Catherine DUMAS Mardi 15h30 à 17h Caen VISSOL Salle 095
FRATRIES ET CONFLITS
Faite de complicité ou d’antagonismes, la relation entre frère(s) et sœur (s) repose sur des liens biologiques et une histoire commune, sauf dans le cas de frères par adoption (Britannicus et Néron).
Des œuvres théâtrales, parfois inspirées de mythes ou de faits historiques, et la littérature romanesque montrent maints exemples de fratries, dont les membres, tantôt solidaires et tantôt divisés, subissent souvent le poids d’un passé et de secrets familiaux.
Dans ce programme regroupant des textes de différentes époques, certains personnages sont enclins à l’inimitié et aux rivalités qui déchirent le lien fraternel (Britannicus, Pierre et Jean.) D’autres sont amenées à des choix cruciaux entre les valeurs de la famille d’origine et celles de leur belle-famille (Howards End). Dans les pièces adaptées de la mythologie, le respect envers un frère mort peut mener sa sœur à l’héroïsme
(Antigone), ou un frère et une sœur peuvent s’unir dans lune même vengeance (Le Deuil sied à Electre) : ce que l’on peut nommer le « pacte fraternel » mène alors à un conflit avec d’autres forces.
Œuvres au programme :
Théâtre :
Sophocle, Antigone (trad. Conseillée J. Grojean, éd. Folio, Théâtre).
Racine, Britannicus.
O’Neill, Le Deuil sied à Electre, trad.L-C.Sirjacq, éd. L’Arche (réédition le 5 juin 2026)
Romans :
Maupassant, Pierre et Jean
E.M. Forster, Howards End. Le Legs de Mrs Wilcox, trad. Charles Mauron, prés. Et notes Catherine Lanone, éd. Le Bruit du temps.
N° 105 -- Danielle DUBERT Lundi 16h à 18h Caen VISSOL Salle 090
N° 106 --Isabelle CARABIE Lundi 10h30/12h Caen VISSOL Salle 091
N°108 -- Fabien ROBERTSON Mardi 14 h/15 h 30 Amphithéâtre
La valeur de nos vies
Nous ne pouvons vivre sans accorder de la valeur à des biens de toutes natures (objets concrets, relations sociales, principes généraux). Ces biens, nous les chérissons, nous nous efforçons de les promouvoir et de les protéger contre tout ce qui pourrait leur faire violence. Mais ont-ils vraiment autant d’importance que celle qu’on leur accorde ? Nous devons toujours nous demander si nous apprécions les choses à leur juste valeur. Et, à y réfléchir, nous pouvons toujours soupçonner que rien n’a en soi de valeur, que tout se ramène à des appréciations subjectives et donc à des désirs relatifs et changeants. Reste alors une certitude : rien n’a plus de valeur que notre capacité à donner de la valeur aux choses… et à imposer nos évaluations aux autres. D’où des conflits sans fin. D’où aussi le besoin, pour éviter de s’entretuer, de s’en remettre à des normes sociales qui permettent à chacun de se sentir reconnu et libre de choisir ses propres valeurs. Parmi ces normes, nous aurons à insister sur celles du marché et de la puissance économique, parce qu’elles dominent aujourd’hui. Mais pourquoi ce modèle s’impose-t-il aussi bien ? Et quelles sont les limites de la mesure utilitaire de la valeur ? Peut-être faut-il reconnaître que rien n’a plus de valeur que ce qui n’a pas de prix, que ce qui ne se mesure pas,
à savoir la manière dont nos vies se lient et se donnent. Mais comment tenir compte de ce qui ne se compte pas ?
Comment reconnaître la valeur de ce qui ne s’évalue pas ? Toutes ces questions méritent, on le devine aisément, un ravail philosophique au long cours.